Depuis des années, le métier du Credit Manager se complexifie. Révolution numérique, nouveaux modes de communication dans les entreprises, Big Data … le métier subit un véritable bouleversement contraignant les professionnels du secteur à se réinventer.

Plus concrètement, d’autres transformations législatives financières modifient également la façon de travailler des credits managers comme la confidentialité des comptes entreprises, mesure apparue en 2015.

Le dépôt des comptes des entreprises

Ce n’est pas nouveau, les sociétés commerciales doivent déposer leurs comptes auprès du Greffe du Tribunal de Commerce de leur siège social. Obligation légale sanctionnée en cas d’absence de transparence par une amende de 1500€.

En 2015, la Loi Hamon est venue modifier cette situation en autorisant les micro-entreprises à rendre leurs comptes de résultat annuels confidentiels.
Quelques mois plus tard, la Loi Macron a étendu, sous condition, cette possibilité aux petites entreprises.

Sans surprise, les entreprises se sont très rapidement appropriées cette nouvelle faculté puisqu’au 1er trimestre 2018, ce sont pas moins de 56% des bilans qui ont été publiés de façon confidentielle. Rien ne semble indiquer que cette tendance va fléchir dans les mois à venir.

 

Quelles sont les conséquences de cette faculté de confidentialité ?

Si ce dispositif est plébiscité par les entreprises, il n’est pas sans conséquence. Aussi bien pour elles que pour les professionnels qui manient ces bilans financiers dans leur activité.

  • Les conséquences de la Loi Macron pour les entreprises

Les entreprises qui accèdent à publication confidentielle de leurs comptes n’ont certainement pas mesuré que celle-ci pouvait leur porter préjudice vis-à-vis de leur fournisseur.
En effet, ceux-ci peuvent y voir une volonté de “cacher” une situation économique sensible et ainsi réduire leur autorisation de crédit ou même encore, leur refuser des facilités de paiement.
Il est un peu tôt pour mesurer concrètement ces conséquences pour les entreprises mais elles peuvent être réelles dans certains secteurs de l’économie particulièrement tendus.

  • Les conséquences de la Loi Macron pour les credits managers

S’il est bien un domaine où les lois Hamon et Macron ont eu un impact immédiat, c‘est sur celui du credit manager.
En effet, les professionnels de la finance ont besoin des données économiques de leurs clients pour assurer leur mission de sécurisation des relations commerciales et contractuelles au sein de l’entreprise et l’un de leur outil privilégié est la publication des comptes. Avec ce nouveau dispositif de confidentialité, la donne change.

Si les entreprises spécialisées dans le traitement des données financières conservent l’accès aux bilans, même confidentiels, elles ne peuvent plus restituer en l’état les informations et s’en servent uniquement pour affiner leurs résultats et les scoring.

Aux credits managers alors de modifier leurs habitudes :

  • Il est important pour les credits managers d’obtenir en direct les informations auprès de leurs clients, sans passer par des sociétés intermédiaires. D’où un travail de proximité plus important à mettre en œuvre,
  • Ils doivent se doter d’outils plus innovants et performants et ne plus s’en remettre à une seule base de données. Le Big Data est la clé de cette réussite, à condition toutefois que l’entreprise soit en mesure de traiter et surtout analyser les données exponentielles obtenues par le croisement des sources,
  • Si l’entreprise ne dispose pas des ressources nécessaires en interne, il est nécessaire de faire appel à des prestataires extérieurs fournissant des dispositifs efficaces dans l’accompagnement des entreprises dans leur politique de financement.

A défaut de prise de conscience des credits managers sur cette nouvelle donne économique, le risque de voir la pertinence des décisions économiques prises est importante.

Si le Credit Manager peut voir dans ce nouveau dispositif une difficulté supplémentaire à son activité, cela représente également la possibilité pour ce professionnel d’évoluer vers toujours plus de valeur ajoutée. Le recours à la technologie loin d’amenuir son rôle dans l’entreprise, valorise au contraire son expertise et notamment sur des dossiers plus complexes